Colombie épisode 2, le bonheur est dans la sierra

Vous avez vu, hein? On ne vous raconte pas de carabistouilles, la Colombie a mis la barre très haut. Jusqu’ici, pas un arrêt décevant, pas une entourloupe, pas une avarie. Cette fin de voyage nous gâte… Même si les routes sont beaucoup plus serpenteuses. D’ailleurs, nous roulons un peu moins, prenons nos aises avec la population, faisons des détours pour nous laisser porter par les envies et les recommandations de dernières minutes … on se croirait presqu’en vacances. La vie est douce!

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Boah, on aura bien une ou deux petites galères, mais ce sera juste pour vous amuser, alors.

Vous trouverez les photos de ce bout de chemin  ici

Haaa les routes colombiennes, ces polissonnes…

Au moindre dos d’âne ou péage sur la route (et dire qu’il y en a pléthore serait un euphémisme), une armée de vendeurs ambulants vient vous crier à la portière leur promo du jour. Du simple « tinto à la panella » (café bien sucré), à la papaye en quartier, en passant par le churro bien coulant. Ils égrainent les camions un-à-un espérant leur petit billet de 2 (sachant que 2000 colombianos = 40 centimes environs).

Alors vous imaginez comme ces pauvres bougres s’en donnent à coeur joie sur les fameux « paros ». Ca fourmille, c’est la braderie de Lille!

Les PAROS, c’est un concept routier typiquement colombien, un tantinet contrariant, mais tellement fréquent qu’il est conseillé d’apprendre à quitter son enveloppe corporelle lorsqu’ils surgissent, pour ne pas devenir déglingo.

Un glissement de terrain, une branche qui chute, les nids de poules (que dis-je: les cratères) trop nombreux… et des travaux commencent sur une des deux chaussées de la route, qui est je le rappelle à 99% de la 1×1 voie dans ces montagnes. Alors, deux chicos se plantent aux extrémités du chantier, et alternent la circulation avec de jolis panneaux SIGUE (avancez) / PARE (stop) … en jouant à Candy-crush entre les deux. Et vous avez un paro!

Un Paro peut surgir de nulle part et t’empapaouter de 30 minutes comme pour rire. Et la file de camions, atteindre des kilomètres. Les routiers colombiens ont l’air habitués: ca sort, ça s’étire, ça vérifie le moteur, ça se fait un sandwich. J’admire…

Tout ça pour dire que notre route vers Medellin fut très belle. Et qu’il y a eu quelques beaux paros. Rongtudjuuu !

Nous avions prévu 1 grosse journée de conduite pour rallier la métropole mais si tout se passe aussi bien, ce sera deux.

Et comme pressenti, il faut se trouver un arrêt adéquat au niveau de La Pintada, au Sud de Medellin pour la nuit. Une aire de repos dotée d’un gros bâtiment flambant neuf mais sans restaurant ni station service nous interpelle. Juste d’immenses murs sans fonction bien définie et un parking. Un concept. C’est la première fois que nous voyons cela en Amérique du Sud. Toilettes, électricité, tables… c’est moderne de surcroit ! Trop beau, on s’y arrête. Marie sort les enfants et je décide par soucis de la perfection qui me caractérise, de me regarer un peu plus près de ce bâtiment où les chanceuses têtes blondes entament déjà leurs devoirs.

Ce sera Le coup de zèle qui tue.

Je suis fatigué, la nuit tombe et je fais mes manoeuvres à grands coups de volant en appuyant un peu trop l’accélérateur. Je suis en mode « twingo ».

Et « Pshhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh » !

Une bordure haute comme ça, tranchante et mal placée (si! c’est mal placé!) mord mon pneu arrière gauche et j’entends le souffle dévastateur, celui qui se traduit alors instantanément dans mon cortex en 2 heures de joyeuse mécanique nocturne et 1000 balles de remplacement… Joie! Je m’en veux !! On n’était même pas si mal garé en plus ! S’en suit un dialogue aussi court qu’il est poignant:

(tremolo dans la voix) « Mariiiiiie? viens voir steuplé ! »…. « j’ai crevé un pneu! »

« Mais nooooooon ». (yeux terrifiés pleins de larmes façon « Projet Blair Witch »)

Fin de la scène.

Toute l’organisation des jours suivants vole en éclat. Sans une roue de secours, impossible de monter vers Jardin comme prévu, ni stationner dans le seul point iOverlander pour camions situé dans les hauteurs rugueuses de Medellin. Il faut trouver un nouveau pneu, trouver à garer le camion dans les environs en attendant qu’il soit livré. Intervertir les jantes… #MoralDansLesChaussettes

Pourtant on le sait « galère mécanique » = « un nouveau copain ». Mais sur le coup, on est tout de même bien vénères.

Je vous passe les détails du changement de roue ce soir là, c’est un classique maintenant. Juste savoir qu’il fait nuit noire quand tout est prêt et que je me couche dans une bonne odeur aigre de sueur huilée, la meilleure.

Le lendemain, on s’attèle à redresser la barre. Haut les coeurs ! J’appelle plusieurs fournisseurs, pour qui cette dimension de pneumatique est un ovni. Et c’est encore une fois mes amis de Motul qui, par l’entremise d’un cousin au pote d’un collègue… me trouvent 2 pneus (car ça se vend uniquement par paire, hinhinhin) qui viendront de Bogota dans quelques jours. Yeah !

Reste à trouver un endroit où stocker Géo pendant ce temps, et ce sera en banlieue dégueue au Sud de Medellin, à Caldas. Là, Darwin, le jeune gérant d’un atelier de vidange et pneu (un « montallantas » comme on dit ici), se pliera en quatre pour me trouver une place dans le parqueadero boueux et fumant qui borde son hangar.

Ca, c’est réglé, mais que faire pendant l’attente des roues tant convoitées? D’autant qu’il faut patienter au moins 8 jours ! Impossible de rester ici, c’est une zone bruyante et nauséabonde où les centaines de bus locaux, cabossés et crachants de l’huile de partout, viennent se faire réviser en brinquebalant.

« Mon cousin est chauffeur. Il peut vous amener à Jardin si vous voulez ». Ca c’est Darwin qui encore une fois, nous apporte la meilleure des solutions.

Il est presque 5 heures et cette proposition tombe à pic. Nous irons donc passer quelques jours à Jardin, l’un des villages les plus charmants du pays, nous a-t-on dit.

Jardin d’Eden

A peine le temps de préparer un sac et nous voila tassés à bord de la petite voiture de Felipe, le cousin sus-mentionné, sur les routes nauséeuses qui mènent à Jardin. 4h de rallye durant lesquels je compte les virages pour tenir le coup et garder mon goûter où il est. Nous arrivons sur place, dans un Airbnb, à un cuadra (bloc) de la place, vers 22 heures, avides de mettre un point final à cette journée épuisante.

En arrivant, on ne fait pas de vieux os. Marie part juste chercher quelques empanadas au coin, et au lit. Au retour de sa course, elle nous dira tout de même, des étoiles dans les yeux : « c’est trop mignoooon, ce village! Vivement demain ». La graine est plantée.

Le lendemain nous découvrons béats un village à l’atmosphère unique (aperçu ici). Ruelles étroites, pavées et aux maisons pastel, la grande place centrale arborée est légèrement pentue. Elle est bordée de cafés authentiques où viennent se poser quelques paysans à chapeau de cowboys pour boire leur tinto du matin. La musique qui sort de ces bars est typique de la région, suave et douce, les pigeons s’envolent au passage des gauchos à cheval… Nous sommes dans un film, hors du temps…

On ne s’en sort pas si mal de cette crevaison, finalement !

Et ce seront pas moins de 7 jours que nous passerons à Jardin. Juste le temps qu’il faut pour prendre de bonnes habitudes: le petit-déjeuner, fait de pains au chocolat lourds comme des briques accompagnés de jus de fruits frais, ce sera au café du haut de la place. Toujours. Avant une ballade autour du village.

Un jour ce sera cette exigeante randonnée a cheval dans l’épaisse végétation et au dénivelé ébourifant qui nous donne une vue plongeante sur Jardin et la foret qui l’englobe.

Un autre jour ce sera la visite d’une finca traditionnelle de café. Avec l’accueil de la mamie qui veut absolument nous chanter un air d’autrefois (insistant pour qu’on la filme!), et les explications du fiston qui parle avec passion de ces petites baies rouges et de tout le protocole qui va avec.

Il y a tant de chose a faire à Jardin pour s’imprégner des lieux. Pêle-mêle: le grinçant téléférique aussi typique qu’inquiétant pour traverser la vallée, le luxuriant jardin en flanc de montagne emplis d’oiseaux exotiques, les boutiques de chapeaux sans âges, le touchant concert des retraitées au théâtre municipal, les… Tout est beau à Jardin. Tout!  C’est notre premier village de la cafetera, la région du café, et l’expérience est à la hauteur de la réputation de cette zone: authentique, sincère et esthétique.

Felipe nous ramènera a Medellin au soir du 7ième jour. Nous allons passer le week-end à Medellin avant de recevoir les pneus et les installer chez son cousin le lundi.

Vamos Nacional !

Mais, mais…! C’est déjà l’anniversaire de Marie dites donc! A tombeaux ouverts et approchant la ville, nous réussissons, grâce à notre nouveau copain Felipe, à dégoter à la dernière minute des places pour le match de ce soir Nacional VS Bucaramanga ! Allez Felipe, on t’invite ! Les vert et blanc sont dans le même esprit que nos sang et or: ça crie, ça chante, c’est familial, et il y a de la frite ! Marie est aux anges. Avec une surprise tellement à propos, on va être tranquille pour un an!

Les deux jours suivants seront pour nous l’occasion d’arpenter Medellin en famille. Et…  ça change de Jardin, dirons nous.

Medellin est énorme (2.6 millions d’habitants) et offre une multitude d’ambiances. Des barrios stylés aux multiples fresques murales et cafés lounges, des zones anciennement dédiées au traffic de drogue reconverties en site touristique (la comuna 13),… c’est LA ville moderne du pays qui attire la jeunesse et les artistes. D’autres quartiers sont eux dignes de la butte du crack de Paris (c’est pour dire…!) et d’autres sont entièrement consacrés à des centres commerciaux flamboyants sur plusieurs hectares. Y’en a pour tous les goûts.

On se rappellera notamment du parc Explora, sorte de La Villette (en mieux) avec ses nombreuses expériences interactives pour les enfants. Ca mouille, ça fait du bruit, ça bouge, … un must pour les familles

Un tour chez Pablo E.

Le week-end passé, nos roues sont arrivées. Toutes noires et luisantes. Elles sont beeelles (Si si, à ce prix là, on peut tout-à-fait s’émerveiller devant des pneus). Et l’équipe de Darwin nous monte ça en 2 coups de cuillères à pot. On le quitte à grand coup de câlins et reprenons la route. Et un ami pour la vie de plus, un !

Nous passons Medellin laborieusement. La faute à beaucoup de trafic et à un tunnel qui nous ferait gagner beaucoup de temps mais qu’un policier nous empêche de prendre au dernier moment ! (ha oui, on est un chouia au dessus des 3,4 tonnes autorisées monsieur l’agent, bien vu!). Malgré un détour conséquent, on parvient tout de même à rouler assez avant la nuit pour mettre une centaine de KM entre nous et la ville, et dormir au calme dans une station service perdue sur la route de forêt à l’Est de Medellin. Nous sommes alors à une heure de l’hacienda Napoles, que l’on désire visiter le lendemain. Et on y a rencard !

L’Hacienda Napoles est le vestige de la mégalomanie de Pablo Escobar. Il avait fait construire sur 20km2 un mini royaume dont il fut le seigneur incontesté. Une piste d’atterissage, des piscines, des hippopotames, des tigres, zèbres, girafes… L’état a remis la main dessus à la mort du taulier et l’a transformé en énorme parc zoologique et aquatique. Les très nombreux animaux qui y vivent sont les arrières petits enfants de ceux importés par Pablo. On nous affirme même que les hippos, ces nuisibles de 1500 kg,  peuvent se retrouver dans le village voisin et causer des dégâts. Finalement, on s’en sort pas si mal avec les rats à Paris (et pan, prends ça, Hidalgo!) . Cerise sur le gâteau, nous sommes en semaine et le parc entier est quasiment pour nous tout seuls !

Enfin presque seuls car nous avons rendez vous ici avec les Wild Axiom, une famille belge qui elle commence son voyage, dans l’autre sens, a bord de leur magnifique poids lourd aménagé flambant neuf (l’arrière petit-fils de Géo, donc). Bonne route, les amis. Et soyez prudents, une fois !

Et c’est qui qui ira à Raquira?

L’expérience est bonne mais le thermomètre monte vite ici et il nous tarde de remonter en altitude en continuant vers l’Est. Avec un peu de chance, On retrouvera l’ambiance de ces petits villages de montagne que l’on affectionne tant.

Apres une journée et demi de route qui grimpe sévèrement, et où une sérieuse pluie tropicale nous arrêtera pour la nuit dans un village sans grand intérêt, nous voila à Raquira.

Raquira, c’est la capitale de la poterie. Et surtout un petit village mignon qui dispose du « pack Jardin » (rues pavées, église typique, placette animée, maisons colorées, cafés authentiques). Nous, nous logeons chez Oscar, un monsieur discret et tout doux qui a un grand jardin à l’entrée du village et nous laisse seuls chez lui la plupart du temps

Et on y est bien !

Si bien qu’on y rattrape notre retard d’école, de lessive, on cuisine… et y restons 4 nuits pour profiter de la poterie et de la jolie ville de Villa de Leyva, à une vingtaine de kilomètres.

On va à Mongui, nous, mon gars

On se répète, mais la Colombie, c’est zé-ro-dé-faut pour le moment. « +2 » en haut de sa copie, direct.

Notre prochain point de chute nous fait faire un crochet de 150 km environ. On veut se rendre à Mongui dans la région de Boyaca, un autre village authentique, un peu perdu dans ses hauteurs au Nord de Bogota et dont la particularité est de compter une vingtaine de familles spécialisées dans la fabrication de … ballons de foot ! Un originaire du village qui aurait ramené la technique de fabrication du Brésil, pendant une guerre ou un voyage avec l’armée, je crois, je sais plus … Ce sera l’endroit idéal pour fêter l’anniversaire de Samuel, ce loco du ballon rond.

Mais pour y aller, il nous faut faire une escale (oui, encore…On traine, on vous dit !). Notre choix s’est porté sur Paipa. Cette petite ville dispose de petits termes sans prétention et leur parking immense tolère les voyageurs, nous dit iOverlander. On pourra donc y dormir après avoir bouilli dans ses eaux chaudes l’après midi. Programme validé. Et puis c’est l’anniversaire de Zaza, et l’idée d’un massage au chocolat avec maman pour fêter ça plait à la diva, visiblement !

Cerise sur le gâteau, C’est tout fortuitement qu’on partagera le parking avec une autre famille en voyage, et en camion en plus. Décidémment, on croise plus de camionneux en une semaine qu’en un an de voyage !

Marie-Ségo et Anthony (projet Familare) voyagent avec leur 3 enfants dans une version miniature de géo. Et verte. Le courant passe vite et non seulement on partage des crêpes le soir (enfin, on mange leurs crêpes) mais nous allons barboter en groupe de nouveau aux termes le lendemain. Ils commencent aussi leur périple, vont eux aussi vers le Sud. Bon vent, bande de veinards !

Et nous voici à Mongui en fin d’après-midi. Nous rentrons dans le village et les rues sont escarpées et de plus en plus étroites. Nous ne pouvons nous poser nulle part, ni même tourner, et sommes condamnés à aller jusqu’au bout de cette ruelle…  qui contourne le bourg, traverse la rivière et mène aux abords du cimetière. Il se trouve en face du village de l’autre coté de la petite vallée creusée par le petit torrent. L’endroit est idyllique. Calme, isolé, à deux pas des commodités. THE camping sauvage comme on en voudrait plus. Et nous avons une vue superbe sur le village, bingo.

Le hic, parce qu’il en faut un, c’est qu’avec notre bol, c’est la fête du village. Et à la fête de la vierge de Mongui, on ne rigole pas avec les feux d’artifice! Jusqu’à 5 heures du matin, ils lanceront des mortiers depuis leur coté de la rivière… jusqu’au nôtre. 5-heures-du-mat (!) et les pétards explosaient encore au dessus de notre capucine. Hmm hmm, hé bien bon anniversaire Samuel !

Ce sera alors des valises monumentales sous les yeux que nous iront le lendemain à notre atelier de ballon. Heureusement l’expérience est géniale et nous tient éveillés. On s’immisce dans cette routine familiale de la fabrication de A à Z de ballons, avec la tata, le cousin, le frère, etc.. et en 3 heures, bien cornaqués, nous aurons chacun fabriqué un ballon aux couleurs de notre choix.