El Calafate, El Chalten… 100% pur jus Patagonie

Cric! Craâââc! Splaaaaaaaaashhh!

Souvenez-vous, le glacier Perito Moreno. Il avait craqué, le bout de glace était tombé, et on avait frissonné. Au Perito Moreno, l’émotion est garantie, c’est contractuel. A la condition sine qua none de bien rester les yeux écarquillés et rivés sur le glacier. Pour deux raisons. La première: ce serait dommage de rater le décrochage d’un gros bloc de banquise, qui semble tomber au ralenti dans un fracas assourdissant (d’autant que le temps que ce bruit nous parvienne et que l’on tourne la tête, l’iceberg est déjà à mi-course et on s’en veut toute la journée). La deuxième, c’est que tout autour de vous est tourisme. L’ensemble est très bien pensé et l’interminable labyrinthe de rambardes offrant la vue du glacier reste finalement bien intégré à la foret. Mais les milliers de touristes en parka (dont nous faisons lucidement partie ) empêche d’être entièrement absorbé par le spectacle de m’dame nature qui donne pourtant tout ce qu’elle a.

Allez, cap sur El Chalten..! Non? Ha bon…

Les photos de ce bout de chemin se trouvent ici

Après donc une journée ensoleillée, commencée tôt (on était les premiers-heu) au glacier à suivre la consigne ci-dessus, nous voilà fatigués mais contents de nous, prêts à quitter la région d’El Calafate pour rejoindre El Chalten, à quelques centaines de kilomètres plus haut. Avant cela, juste un crochet, qu’on se dit, dans cette estancia, là, à quelques kilomètres de la route, pour passer la nuit, et on file.

Sauf que bing! On a un podium…

C’est flagrant. Les juges unanimes lèvent leurs pancartes, c’est un 10 sur 10. On a sous les yeux un lieu dont nous savons d’emblée qu’il restera un point culminant du voyage.

Un concentré de Patagonie, recette à l’ancienne, avec des vrais morceaux de gauchos dedans. Je vais essayer de vous le décrire. Fermez les yeux, je vous emmène.

Nous débarquons par une piste de 10 km sur les 2000 hectares de prairies parsemées de légères collines et où serpente un ruisseau fatigué. Cernée par le Brazo Rico, un lac de montagne, et les cerros du parque Nacional Los Glacieres, s’installe l’estancia à proprement parler, 2 ou 3 bâtiments sobres et authentiques, un manège pour chevaux, au milieu desquels s’enjaillent des bébés guanaco et jeunes béliers qui nous sautent dessus réclamant un biberon, et quelques chèvres, qui viennent même nous compter fleurette jusque dans la salle à manger.

Les prairies sont elles parcourues de troupeaux de bovins, de chevaux, des nuées d’oies sauvages et des familles d’ibis plombés qui s’envolent d’effroi à l’approche des gauchos au galop.  Magique.

Je pense que vous l’avez, le décor. Une pub Malboro.

On pousse des haaa et des hooo, tout excités que nous sommes à l’idée de changer nos plans et s’incruster ici un peu plus que prévu.

On installe notre discrète monture orange sur le terrain, entre le squelette d’un cheval blanchi par les ans et une éolienne de cowboy, on ouvre les fenêtres du camping-car pour profitez de ce panorama. Et on médite.

Evidemment, on y restera bien plus qu’une nuit, 5 au total, le minimum pour apprécier les lieux. Un jour ce sera une ballade en vélo jusqu’au lac , le suivant une cabalgata, le surlendemain, une autre virée équestre. Il y aura aussi de la bonne bouffe, du Cordero Patagonico, du qui fond dans la bouche… 

Dans ce théâtre d’une pureté surprenante, il a bien fallu ajouter quelques épices. Je ne résiste pas à vous en narrer une, allez, une bien bonne-hahaha-on-en-rigole-après-quand-on-s’en-souvient-pas-vrai.

Lors de la première vadrouille chevaline, n’écoutant que son instinct de gauchita, Marie, débridée, se lance dans un galop échevelé (bon, ok, au moins un bon trot) et en oublie son téléphone qui glisse discrètement dans ce terrain de jeu immense. Aucune chance de le retrouver mais on passe une bonne après-midi, moi et les garçons, à le chercher dans ce dédale de cours d’eau et d’herbes hautes. On serait pas passé par là? Ha si, à moins que ce soit par là. Non, papa, je me souviens on avait tourné à ce squelette de vache… bref, à l’issue d’une jolie chasse au smartphone de 3 heures, on rentre brocouille, comme on dit dans le bouchonnois.

Marie retentera l’expérience le soir-même, mais avec l’intelligence du NCIS Miami en plus, en regardant les photos de la ballade, ainsi identifiant les angles de vue, analysant les heures des clichés, la position du soleil dans le cadre… mais avec le même résultat: brocouilles.

Dernier round qui sonna le glas de ce smartphone, le lendemain, où nous laissons Jules et Samuel, les poches pleines de fruits secs, partir seuls en expédition… Nous ne les quittons pas des jumelles, évidemment (merci à leurs polaires jaune fluo).

Devant nos efforts, les gauchos prennent pitié et nous assurent qu’ils le ramèneront. hahaha, les naifs …! Sauf qu’ils le ramènent, les sagouins ! 2-3 minutes de galop, et hop, ils se baissent, prennent le bidule et le remettent aux enfants, les sauvant de revenir les mains vides. Quelle aventure, les bouts de chou !

Du coup, (chose promise, chose due) on rempile pour une nouvelle cabalgata (ballade à cheval, et sans téléphone cette fois), et une nuit de plus ici. Trop de bonnes ondes.

Comme pour nous dire que nous avions raison dans notre timing, le vent et la pluie refont leurs entrées le jour de notre départ. Et nous reprenons la route vers El Chalten, groggys de cette dose de patagonite pure.

La tête dans le guidon, Sergio!

Les photos de ce bout de chemin se trouvent

Sur cette froide, pentue, et venteuse route vers cette Mecque du trek que nous empruntons depuis peu, un cycliste. On le croise en sueur en bas d’une longue pente et nos mollets se durcissent en solidarité aux siens qui s’agitent vainement pour à peine rester debout. Marie et moi échangeons un regard. Allez, on lui propose de monter. Il dira non de toutes façons.

Sauf qu’il dit oui. Et on fait alors connaissance avec Sergio, un phénomène.

Sergio est sur les routes depuis un an, il est jeune retraité, a une santé d’acier, et un mental qui laisse pantois quand on pense une seconde aux longues journées de pédalage que représentent quelques heures de route pour nous. Il a tout laissé derrière lui, et ce qu’il possède est sur son vélo, sa « bici ». Il passe ses journées sur ces routes arides, dort parfois dans les fossés, a sur lui toujours 3 jours de victuailles et d’eau… On l’embarque dans la cabine, la bici sera à l’arrière et zou, direction El Chalten.

Sauf que le lendemain à El Chalten, jours fériés obligent, il n’y a pas un logement de libre. Et qu’il pleut, ce qui n’arrange pas ce cycliste qui a pris goût au chauffage de notre douillette cabine et rechigne à planter sa tente dans la caillasse humide… douillet, va! re-échange de regards et allez, Sergio, tu dors à la maison ! Et il restera avec nous 5 jours, dormant sur le plancher, la bouille juste en face de la sortie de chauffage… coquin.

Avec Sergio, on fera quelques soirées pâtes, creusera le sens d’une vie en vélo, arpentera quelques sentiers de trekking, ces mêmes sentiers que Marie et moi fîmes il y a 13 ans (photos à l’appui). Sur l’un d’entre eux, Sam et moi quitterons le chemin pour s’aventurer là-bas du coté de la rivière…. eeeeet Sam se pétera le coude! ouille! :/ enfin le coude sera « fissurado » nous dira le médecin le lendemain, au début d’une journée marathon où Elisa, Sam et moi feront un aller-retour long comme un jour sans pain à l’hôpital d’El Calafate (souvenez vous, on en vient …à 214 km au sud) en bus et … sans manger (détail important, surtout pour Zaza), et Marie et Jules prendront eux de la hauteur sur un sentier de randonnée (Jules enchaine tranquillement 35km sur 2 jours!). Ils sauvent l’honneur. Notez que le flambant neuf hôpital d’El Calafate sera pour le moins vide et qu’à aucun moment il nous sera réclamé le moindre sou… on peut se casser d’autres choses, chouette !

Au retour de cette journée sans fin, fiesta d’empanadas avec Sergio, qui récompense les enfants de leur courage avec des petits cadeaux. Ils les gâte et eux le noient de questions quotidiennement. Il faut dire qu’il était chef de la Police avec un pistolet et tout et tout dans son ancienne vie. On ne fait pas le poids…

On repart

La météo d’El Chalten ne nous emballe décidement pas. Pluie, vent, froid. Les doudounes font de grosses journées. Alors après 4 jours, on reprend notre destrier, avec Sergio, direction le Nord.

Les centaines de kilomètres qui suivent sont lunaires, désolées, sèches, à l’image de cette station service qui persiste on-sait-comment à l’entrée des « setanta malditos » (les 70 maudites), une route de 70 km de ripio (piste de cailloux) qui nous prendra presque 3 heures.

3 heures de serrage de fesses, de zig-zags, d’arrets inopinés pour chaque son inhabituel (d’ailleurs je perdrai mon ressort de pédale d’embrayage dans la bataille, un fait d’arme)

Le soir, comme une oasis dans le désert, la petite bourgade, bien verte et bien proprette de Gobernador Gregores nous accueille. Le repos du guerrier s’entame, les enfants, encore sous l’influence des jours de cheval s’équiperont le soir-même de leurs boinas (bêrets basques mais là, patagonien) tandis que pour nous à ce moment précis , il n’y a que bière et barbaque qui vaillent.

Ce soir sera l’occasion d’une parilla d’au revoir avec Sergio car nous nous séparerons demain. Son but c’est de pédaler, et avec nous c’est « demassiado confort ». Il avait pris une belle place dans nos journées et dans notre camion, le Sergio. Quand on se fait l’accolade du départ, nos yeux sont tout embués et les siens laissent perler une larmichette derrière ses lunettes teintées.

Les rencontres de voyages, qui plus est au bout du monde et dans une nature si sauvage, sont compliquées à retranscrire. Je m’en rends compte en me relisant. Les connexions sont tellement fortes, si rapidement. On se parle à coeurs ouverts parce qu’il n’y aura pas de jugement, parce qu’il n’y aura pas de lendemain. Et puis un point commun puissant nous unit dès les premières minutes: on est sur la même route. Avec les acolytes d’une journée ou d’une étape, on partage plus que du temps, on partage du mouvement.

Sergio, tu laisses le camion bien vide. Et un petit silence reniflant s’empare de l’habitacle de GEO le jour suivant…

Cuevas de los manos

Mais allez, on se mouche un grand coup, on regarde devant, et on ne se laisse pas aller ! Et pour se requinquer, dans la même journée, hop, salade de ripio pour tout le monde !

Parce que pour rejoindre le site historique de las Cuevas de los Manos, notre arrêt culturel du jour, il y a un petit 46 kms de piste, qu’on dévale parfois à 80km/h! Mario Kart en camion, c’est bibi… Il est déjà tard lorsque nous empruntons ces chemins sinuants vers les peintures rupestres (cuevas de los manos = grottes des mains) et les paysages, canyons ocres aux saignées d’un vert lumineux, sous les rayons rasants du soleil, sont fabuleux.

On sert le frein à main au soleil couchant, au bout de la route, négociant avec les gardes du parc à coup de bière et cheetos notre bivouac à l’entrée des grottes. Un copinage qui nous assure une bonne nuit à l’abri du vent et une visite à la fraiche le lendemain de ces peintures rupestres vielles de 10 000 à 2000 ans (les réunions de familles qui étaient l’occasion de ces séances de mains peintes ont perduré 8000 ans… vertigineux non?)

Pour le retour, sur cette piste exigente, on prendra un autre cycliste en stop, Luis, qui est en contact avec Sergio et a entendu parler de cette famille-trop-sympa-qui-aide-les-vélocipédistes-au-long-cours… héhé. On n’as pas eu le coeur de le laisser là et on l’a pris, lui aussi, pour faire quelques 200km (seulement ). 3 heures pour nous, 2-3 jours pour lui. On est des crèmes.

Et Après? Après s’ensuivront quelques centaines de kilomètres (mille et des brouettes) jusque Bariloche. Kms que nous mettrons presque 2 semaines à parcourir, tant les routes sont belles et sinueuses. Mais aussi kilomètres qui nous feront découvrir des bourgades routières endormies, des parcs nationaux majestueux, des montagnes à foison, des lacs à gogo, des vignobles, des villes réconfortantes…. et dire au revoir définitivement à la Patagonie (gros soupir)

Mais ça c’est une autre histoire !

Les photos de ce bout de chemin se trouvent ici et

Stay tuned !

5 commentaires

  1. a md dit :

    merci pour ce récit empreint d’humour !
    un petit paradis pour quelques jours dans votre voyage cette estancia perdue !
    belle rencontre avec sergio le cyclo !
    vous auriez pu rencontrer une famille française (2+2) en cyclos tandems qui fait canada / ushuaïa (en deux fois cause covid) « onprendletempsdem)
    bonne continuation ave Géo !

    1. jonathetmarie dit :

      Merci. He non, on s’est raté de peu avec onprendletempsdem, mais on a échangé… Quelle aventure leur truc !!!

  2. mzsje dit :

    Merveilleux ! (Je crois que dans certaines situations j’aurai stressé…)
    6 mois ont passé ! pas de gros problèmes, beaucoup de bonnes rencontres et les enfants qui s’éclatent. c’est rassurant.
    que de bons souvenirs !!

  3. marie anne lismonde dit :

    Quel régal, c’est vraiment agréable de vous suivre magnifique photos et enfants tellement mignons

  4. Magali dit :

    Merci pour le bout de voyage en vous lisant !!!!

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