Pérou. 2 salles, 2 ambiances.

Pérou. 2 salles, 2 ambiances.

Nous arpentons maintenant les routes du Pérou. Le Pérou, les petits amis ! Que de distance parcourue, je n’y crois pas moi-même. Que de kilomètres, d’altitudes et de routes à lacets inconcevables, déserts inquiétants, bourgades accueillantes, ou trous miteux, des nuits passées sur le bord de la route ou sur la place d’un petit village, des rencontres aussi fortuites qu’intenses…Mais, désolé, je m’égare.

Il y a une dichotomie très nette de notre trip péruvien : les Andes, et la côte pacifique. Evidemment, on schématise à plein tube, mais nous n’avons passé qu’un gros mois au pays du maïs et il a fallu tailler sévèrement dans le gras de cette contrée 2 fois comme la France. Notamment tout le Sud-Est et la zone amazonienne que l’on a prétentieusement snobé, oups.

En premier lieu, traversons les Andes! Celles ci nous offrent des paysages d’abord proches de la Bolivie avant de montrer un visage moins rustique et plus culturel avec quelques perles comme Cusco ou le Macchu Picchu. Une fois ces incontournables visités, nous rejoindrons la côte en traversant pour la dernière fois cette cordillière qui nous sépare de l’océan Pacifique. Et promis, après cela, finies les altitudes loufoques.

Ca parait court vu d’ici, non?

Vous trouverez les photos de ce bout de chemin ici

Le Pérou de la Sierra

D’accord, pour le moment, vagabondant sur le ruban d’asphalte qui nous mène à Cusco depuis la frontière bolivienne, les paysages ne tranchent pas franchement avec le pays précèdent. Nous en sommes à 3 jours de route depuis Copacabana, coté bolivien, et le décor est invariablement fait de monts effrontément hauts encerclants un désert de cailloux et ses routes sinueuses, plutôt désertes. Les gens non plus d’ailleurs n’ont pas l’air différent, surtout dans ces campagnes poussiéreuses et inébranlablement sans nuages. Faciès indigènes, bronzés, chapeaux melons et longues tresses dans le dos pour les dames, bonnets et ponchos pour les messieurs… Mais ça va changer. Nous arriverons après quelques jours à Cuzco, vitrine multicolore et marketée de la culture inca, et on va en voir du gringo et de la babiole à touriste, Nondejiou !

Cusco, Disneyland Inca

Le dernier jour de route avant Cuzco est magnifique. Pas de tout repos pour les freins, mais beau. Les montagnes verdissent franchement, les sites archéologiques s’annoncent ici et là de leur panneaux criards, démontrant que la vallée à venir est un haut lieu de l’histoire pré-hispanique. Les villages plus ou moins typiques se succèdent maintenant plus rapidement, l’asphalte est bon. Les restaurants de cuy rotis (cochons-dindes cuits au four… servis entiers dans l’assiette) se font aussi nombreux que les pharmacies à Paris. ( Une vraie industrie, ce truc…les 10 grammes de viande qu’on peut  gratter sur le squelette d’un hamster valent ils qu’on tue ce mammifère par million? me demandais-je alors)

Et puis nous touchons au but et découvrons au soleil couchant la ville sacrée de Cuzco dans son écrin d’altitude, en l’abordant par le nord. On s’arrête pour savourer la vue de cette immense ville en contrebas avant de parcourir les tout derniers kilomètres qui nous amènent au jardin de chez Milli, haut lieu péruvien du voyage en camion, essentiellement un jardin surplombant toute la vallée où quelques vans et un autre camion comme le nôtre se reposent déjà.

Superbe, fière de son statut de capitale Inca, Cuzco revendique un nombre incalculable de vestiges incas et hispaniques, tous méticuleusement mis en valeur dans un cocktail de modernité , mythologie et Histoire. Ses places, ses  musées, ses rues pavées tellement étroites, ses vestiges de murailles incas où chaque pierre est unique, taillée au millimètre pour s’encastrer sans ciment dans celles autours, ses églises aux vierges basanées… tout est prétexte à observations… et célébrations. Tous les jours ou presque, c’est le bazar sur sa place centrale, plaza de armas. C’est coloré, propre (ce qui tranche franchement avec le reste du pays)… et cher. Les prix sont à l’image de la population ici: modernes !

On passe quelques jours à ne pas faire grand chose: se balader en ville sans but précis, se repaître de pains au chocolat dénichés dans une panadéria clairement au dessus du lot (pas dur), matinée au « camping » à se remettre à jour, entendre : lessives, ménage, devoirs, finale de Rolland Garros pendant une bonne séance crêpes. Nous commencerons aussi notre apprentissage du chocolat (qui se poursuivra en Equateur et Colombie) par un mini atelier au musée du cacao. On parvient enfin, c’était inespéré, à réparer l’écran de l’ordinateur (cela fait 3 mois qu’on dispose d’un bout d’écran de la taille d’un timbre poste…). Quand je vous dis que Cusco est moderne!

En outre, Cusco c’est THE endroit où organiser votre visite du Machu Picchu.  Quel hôtel sur place? Quels trains pour rejoindre Aguas Calientes (le village de base)? Quel taxi pour Ollantaytambo (l’étape de départ du train)? Quelle tranche horaire pour la visite ? Quel bus pour éviter les 4h de rando jusqu’au sommet?  Grrrr! Ce site légendaire est tellement sous pression que tout se potasse minutieusement à l’avance. Cette lourdeur logistique a même entrainé le mois dernier des émeutes de touristes qui, n’ayant pas de billet pour ceci ou le bon horaire pour cela, n’ont pas pu visiter les lieux. Pfff! Quelle bande d’amateurs…

Le Machu Picchu

Bon nous, on a la chance de compter parmi nos effectifs la championne du monde en salle d’organisation de trip familial et c’est l’esprit zen que nous partons de Cusco un bon matin pour la ville d’Ollantaytambo, première étape obligée de ce pèlerinage au Machu Picchu. De là, on prendra le lendemain le « train-qui-coute-un-oeil » pour rejoindre Aguas Calientes. 

Ce premier segment est en taxi, rien de folichon à raconter, donc. Si ce n’est un bref mais coloré arrêt attrape-touriste sur le chemin pour essayer de nous vendre des bonnets en aAlpaca 10 fois plus cher qu’au marché de Cuzco. On repartira avec la photo des babaches en costumes quand même.

Ollataytambo a elle plus de charme. Elle demeure un must malgré son tourisme épais. On y passe la première nuit et nous la redécouvrirons au petit matin. Les rues pavées du village sont étroites et piètonnes, parcourues de petits ruisselets qui transportent de l’eau claire, soit-disant potable, dans toutes les rues. Une prouesse pour l’époque. 

Et c’est l’heure de prendre place à bord du fameux Inca-Train qui, en 2 heures nous amène à Aguas Calientes. Je ne me souvenais pas avoir payé pour la première classe et sincèrement, ce voyage en train est un régal: on monte lentement mais sûrement dans les anfractuosités de la montagne, frôlant plantes et arbres ornés d’orchidées sauvages, longeant rivières et torrents impétueux. Le tout dans un fauteuil XXL en bord d’une baie vitrée sans même une trace de doigt. Ca vient, on se met doucement dans l’ambiance.

Et nous voila à Aguas Caliente ! Où notre G.O. a dégoté une chambre bien familiale comme il faut (i.e. un dortoir à 7 lits rien que pour nous), et à 2 pas de la station de bus qui charge et décharge des palettes de touristes se rendant en haut sur le site mythique du MP, après une trentaine de virages sérieux. On se dépêche d’avaler une pizza parce que dans 1 heure, on fait partie du lot. C’est le grand jour pour nous aussi !

Avec tous ces préparatifs, nous sommes dans les starting blocks. Cette organisation fastidieuse fait partie de l’expérience. C’est un peu « grâce » à elle que les gringos arrivent au MP en quasi transe, prêts à boire l’expérience jusqu’à la dernière goutte.

Notre ingrédient secret ? Notre guide. Top qualité et qui parle français (il a participé aux Racines et des Ailes sur le Machu Picchu alors t’as qu’a voir….Tuyau des Gavazzsix Merci les amis !) et qui regorge de détails absolument captivants qui nous plongent tous dans cette atmosphère de fin de règne inca qui habitait le site du Macchu Picchu lors de son apogée. Je ne vous ferai pas le récit de tout ce qu’on y a appris (et oublié), ce n’est finalement pas cela le plus important. Ce qui fascine, ce sont les croyances et le mode de vie de ces populations qui ont construit pierre par pierre une cité pour la noblesse cuscoienne si loin de toute autre civilisation, tellement perdue dans sa foret que les conquistadors ne les trouvèrent pas lors de leur invasion. A noter, le C’est pas Sorcier sur le sujet fait bien le boulot.

On passe sur le site quelques heures hors du temps, parfois hors du circuit prévu par l’organisation, car notre guide, c’est un champion, on l’a dit.

On est chargé d’images et rêveries pour quelques jours quand nous repartons le lendemain pour Cusco, faisant le chemin en sens inverse pour retrouver le camion qui prend racine.

Traversée de la Cordillière occidentale: Abancay, Puquio, tout ca…

Tout cela nous a bien fait une dizaine de jours à Cuzco et sa région. Ca fait beaucoup, non? GEO a des fourmis dans les essieux. Nous aussi. Apres une (ou deux?) dernières journées en ville pour des courses alimentaires ou afin d’envoyer des colis plein de chocolats et babioles aux copains de l’école (#ParentsParfaits), nous partons de bon matin (si, si: 5 heures, c’est de bon matin) pour traverser les rues incroyablement pentues et escarpées de Cusco mais sans son traffic infernal.

Comme appris à Sucre, on demande à notre taxi attitré depuis quelques jours de nous cornaquer jusqu’à la sortie de l’agglomération. Ca aide, mais ça reste tendu. On repasse la première plusieurs fois, on se tord le cou pour voir dans les rétros, on fait hurler la seconde… Mais on y est, en dehors de la ville et il n’est même pas 7 heures du mat ! On se congratule dans la cabine, on est bons quand même.

Mais cette journée de route sera costaude. Comme les suivantes d’ailleurs. Il faut rejoindre l’océan et donc traverser la cordillière. Sur la carte, il s’agit d’une distance ridiculement courte, 450 km à vol d’oiseau, pour rallier Paracas en bord de mer. Pour notre équipée, c’est 3 jours de route intense, levers tôts et conduite jusqu’à la nuit, jalonnés d’arrêts aux villages, pour déguster ici une truite farcie, là un bout de fromage, ou simplement faire refroidir les freins. Alternant nuits pourries dans une station service graisseuse et enfumée, et paysages vertigineux où l’on se sent un peu seuls. Notamment le dernier jour, sur la pente nous faisant glisser lentement depuis les 4500m vers Nazca, niveau de la mer ou presque. 

La cote péruvienne, qui nous attire maintenant comme un aimant, se fait désirer.

Bye bye la sierra. Viva la Costa !

Quel bonheur de descendre ! 

Je ne saurais dire la part de la psychologie et celle de l’oxygène dans l’euphorie qui nous gagne quand nous retrouvons le niveau de la mer. C’est à Nazca et ses alentours désertiques qu’on effectue cet atterrissage que nous attendions depuis quelques semaines. On est même certains de sentir l’iode de l’océan, qui est à une cinquantaine de kilomètres, hein. Notre cerveau nous joue des tours.

Ha les fameuses lignes pétroglyphiques de Nasca (dessins faits de pierres aux dimensions si grandes qu’il faut prendre de la hauteur pour les contempler)! Elles sont sur notre route (la Panaméricaine traverse littéralement certains de ces dessins. Bonjour le respect des anciens!). Nous les visitons depuis un mirador à l’heure du déjeuner mais aucune émotion particulière ne nous envahit. Peut-être aurait il fallu prendre un de ces petits avions pour ressentir quelque chose (mais ce n’est plus le même budget), ou sans doute sommes nous déjà aux anges à l’idée de voir la mer bientôt, demain sans doute. Alors les dessins, là….

Ho et puis zut ! L’appel des vagues est trop fort et poussons jusqu’à Paracas dès aujourd’hui !

On roule sec. Heureusement la route est bonne. Nous nous autorisons des 70-75km/h de déglingos, fenêtre ouverte, coude dehors, musique à fond les ballons en buvant du coca zéro à même la bouteille. Rien à foutre. L’ivresse de la vitesse ! Du plat, du beau bitume, ça faisait un sacré bail, youhouuu!

Et puis le voila, l’océan. 

Il n’est plus très loin maintenant et les zygomatiques se coincent dans la position de l’illuminé qui voit la vierge. On s’approche. Encore cette petite portion de désert de dunes, et nous serons à Paracas, petite ville balnéaire qui offre un joli front de mer et des restaurants qui fleurent bon la friture. Pile poil ce qu’on veut.

L’entrée en ville se fera soleil couchant, l’astre dardant de ses doux rayons du soir un barrage policier qui tente la première arnaque policière du voyage:

Le chico du contrôle : « documento del vehiculo? ». J’obtempère muchacho.

« Licencia de conducir? ». Itou mon chou.

« Pasaporte? », « adouanas? », « SOAT (assurance)? »… Hoho, mais bien sûr monsieur l’agent, voilà, voilà, et voilou.

Une veine battant sur son front perlé de sueur, il abat sa dernière carte: « visita tecnica? ». Moi: « hu? ». Lui : « descendez du vehicule, senor… ». A l’écart, il m’expliquera ensuite que ce dernier sésame est giga-importantissime au Pérou et me demandera le plus sérieusement du monde comment on peut s’arranger pour éviter une amende trèèèèès élevée. Pas de bol, y’a du réseau et les internets me permettront de lui claquer le texte de loi en 3 minutes, signant ma première victoire flamboyante sur la corruption sudaméricaine … C’est dur la corruption aux temps du net, hein les gars? 

Cet épisode n’entama pas d’un millimètre notre joie de passer cette première nuit au niveau de la mer depuis… depuis quand déjà? Frites, bière, poulpe grillé. Allez, re-bière et dessert… Nous sommes joyeux et ça se voit ! On dormira là, en pleine ville, sur un trottoir. On se relâche complètement.

Demain commencera notre périple océanique. Suivant la côte péruvienne puis équatorienne qui nous promènera pendant quelques milliers de kilomètres , une broutille, jusqu’en Colombie.

Demain, d’abord, nous irons nous encanailler à Pisco, juste au dessus d’ici, puis Lima, puis, ce fameux littoral nord-péruvien, paradis des surfeurs a c’qui parait.

Mais ça, c’est une autre histoire…

Stay tuned !

Vous trouverez les photos de ce bout de chemin ici

Bolivia, coté mouillé

Bolivia, coté mouillé

Apres avoir gouté jusqu’à l’écœurement à l’altiplano argentin ou bolivien, à ses horizons arides et ses villages si sobres, notre arrivée héroïque à La Paz (cf épisode précèdent) devint alors synonyme de vraie récompense, petit shot de modernité bien méritée, avec des vrais morceaux de glande et de fastfood dedans … Mais aussi promesse d’aventure humide et aventureuse qui nous enlèvera à la capitale pour nous déposer à Rurrenabaque, ville forestière bolivienne au départ de laquelle nous explorerons 2 écosystèmes: la « pampa » pendant 3 jours et la jungle pendant 2 jours. Une pause bienfaitrice, où l’oxygène retrouve un taux normal et la caillasse, la poussière et l’air sec font place à une végétation opulente et embrumée. 

le petit voyage qu’on vous propose aujourd’hui

Puis, de retour à La Paz après ces quelques jours d’abstinence de notre camion adoré, repus de sensations fortes, d’images de bestioles diverses et couverts des vestiges d’une guerre perdue contre les moustiques, nous nous rendrons au Lac Titicaca, ultime arrêt bolivien avant de pénétrer le 4 ème pays de ce périple: le Pérou.

Vous trouverez les photos de ce bout de chemin ici et

Rurrenabaque

Nous voilà partis pleine balle dans les rues de La Paz. Il est à peine 5 heures du matin et notre taxi nous conduit en un temps record à l’aéroport. Pas de trafic et donc l’occasion pour lui de faire un rally urbain en solo. 1 heure à peine porte à porte, en comptant le contournement de manifs pour je-ne-sais-plus-trop-quoi, chrono battu. Il est content, le chico.

Un chouia nauséeux, nous effectuons les formalités aéroportuaires d’usage (qui comportent évidement un petit déjeuner aux pancakes) et on embarque, tout excités de prendre un avion, et de se laisser porter par le doux ronronnement des réacteurs. Miam. Faire glisser sous nos yeux des centaines de kilomètres de route dégueulasse, c’est savoureux. Ces 45 petites minutes dans les airs nous évitent un calvaire. Les bus boliviens avalent ces 450 km  de route et piste défoncée en 20 heures non-stop, ça représente 3 bons jours de camion sans compter les avaries inévitables… Merci mais non merci, y’a pas moyen !

Ainsi, en moins de temps qu’il faut pour le dire, nous survolons une luxuriante foret, infinie, dense, haute, aux larges feuilles luisantes. Cette simple vue de verdure ruisselante donne la banane à 5 voyageurs collés aux hublots.

Atterrissage. La moiteur nous prend au bec direct. Après à peine 5 minutes de tuctuc, nous voilà au centre de Rurrenabaque, ville aussi chaude qu’humide. « Despacio » ici, hein. Pas d’activité inutile, surtout. C’est l’Amazonie et le thermomètre a grimpé d’au moins 25 degrés. Mais il y a aussi beaucoup d’ombre et au final, la vie semble beaucoup plus douce que la veille. Difficile d’imaginer que nous sommes ici dans le même pays. Quels points communs peut on trouver entre ces boliviens en short, bras de chemise, tongs, nourris aux fruits juteux qui poussent quasi dans la rue, et ces autres pauvres bougres, vivant dans les montagnes sans oxygène, habitant des maisons de terres sans eau courante, s’occupant de lamas sous un soleil sans pitié. On ne nait pas tous égaux, me dis-je.

Nous prenons nos quartiers dans une certaine euphorie dans un hôtel propre et spacieux, doté d’une piscine (remplie cette fois), accostée à une cantine qui nous servira régulièrement de délicieuses salades de fruits et des frites. L’hôtel accueille un concours de miss locales, ce qui permet à Elisa de faire la princesse (mais nous, on sait qui est la plus belle, pas vrai?). Bref, cette escapade amazonienne s’annonce de bonne augure. 

On fait un plouf, un slurp, un miam sans trop se fatiguer car le lendemain nous partons déjà faire notre première escapade : La pampa

La Pampa

La Pampa, ce sont les marécages et les abords du fleuve Alto Beni qu’il nous faut relier en 4 petites heures de 4×4. Une fois ses rives atteintes, nous changeons de véhicule et embarquons en pirogue, sévèrement motorisée, qui sera notre unique moyen de locomotion pour les 4 jours suivants. Et là les amis, attention les yeux.

Les premiers kilomètres nous amènent à notre lodge, ensemble de bungalows sur pilotis nichés dans la végétation en bordure de l’eau. « Lodge », « pilotis » ça sonne bien mais la réalité est bien plus spartiate: mur en moustiquaire, gecko et crapeaux dans la salle de bain, chauve-souris dans la charpente. Le véritable luxe, ce sont les fréquentes sorties en pirogue, dès potron minet, pour assister au réveil des animaux dans cette brume qui couvre l’eau presque stagnante du fleuve. Et jusque tard le soir, pour s’émerveiller de la mélodie nocturne de la faune, sous un ciel étoilé. Et puis j’avoue, le fait de rentrer de chacune de ces sorties et découvrir une table garnie juste pour notre groupe (nous 5 et un couple de jeunes amoureux qui ont bien voulu supporter 3 enfants surexcités) ajoute à l’expérience.

Durant 3 jours, nous avons fait moultes intrusions dans un monde où l’homme se fait discret. Nous vîmes des milliers d’alligators, baillants sur la rive et s’immergeant fissa à notre approche, des oiseaux pêcheurs de toutes formes et aux techniques sophistiquées, fixant le fond de l’eau et nous ignorant royalement,  des singes aussi petits que nombreux, curieux, jaunes et mignons trépignant a notre approche.  Avec des bouts de boeuf gros comme le pouce, Samuel et Jules nous ramenèrent des piranhas lors d’une pêche miraculeuse. Ca, ce sera le repas de ce soir. 

Le clou de ce spectacle ininterrompu ce sont les nombreuses (mais fugaces) apparitions de dauphins roses, véritables mascottes de la région, et avec lesquels nous avons pu nous baigner le dernier jour. Samuel aussi se jeta à l’eau ( à moins qu’on l’ait poussé ?). Courageux, le bonhomme.

Saupoudrez tout cela d’une bonne couche de moustiques évidemment, pour le folklore, et vous avez le tableau complet.

La Selva

On rentre de ce trip dans la pampa en lévitant. Jamais je n’aurais cru voir autant d’animaux. Et cette journée de repos à l’hôtel ne sera pas de trop pour retoucher le sol et préparer la suite.

Parce qu’on repart le lendemain, les p’tits gars (quand je vous dis que c’est pas des vacances, ce voyage !)

Cette fois, c’est la Selva, la joOongle, la vraie, qui nous attend ! Une heure 30 de pirogue depuis Rurre pour remonter le fleuve Beni et nous débarquer là où nous passerons les 2 prochains jours. 

Avant de savoir où nous logerons, nous faisons une courte randonnée en bord de fleuve. Première prise de marque avec cet environnement d’une rare exubérance végétale, où l’humidité  doit bien taper les 1000%. Les vêtements nous grattent et se plaquent à la peau. Au sol, chaque centimètre carré de terre aussi noire que grasse voit se tasser une dizaine de plantes, au moins. Certaines communautés, comme celle à laquelle appartient notre guide, vivent dans ce biotope épais et hostile… on est vraiment fragile, les parigots.

Et là, lors de la traversée d’une rivière, on le voit, chose rare: le jaguar ! Notre guide jubile comme si ce gros chat que l’on voit au loin signait déjà pour elle le succès du séjour.

Ca commence bien, non?

Sauf qu’on retourne au campement et on déchante un peu.

On découvre les lieux, un ensemble de maisons de bambou dont une large salle commune construite autour d’un arbre gigantesque, n’a pas été utilisée depuis la crise du Covid. Ni utilisé, ni maintenu. Il s’effondre littéralement. Pas de groupe électrogène donc pas d’électricité. Ok normal, on a vu pire. Mais dans ce lieu enfoncé dans une jungle si dense qu’il y fait quasiment nuit en plein jour, ça annonce des soirées compliquées. Les chambres sont humides et sentent le bois pourri. Quelques gros insectes, vite dissimulés à la vue des enfants, quelques chauve-souris encore…. il y a 15 ans, j’aurais rit. Mais là, les enfants se retiennent pudiquement de brailler, nous aussi, et la nuit va être longue.

Epousant le même constat, un couple de français, Matthieu et Malou, que nous avions brièvement croisés dans la pampa, partage avec nous les repas et la légère déception qui nous gagne.

Bon ne soyons pas bégueules, cette « selva » nous offrit tout de même une randonnée enrichissante (et sans les enfants héhé, restés au campement avec nos compagnons de jungle pour un atelier  » artesanias ») . On avance à la machette, comme dans les films. Cette balade prend toute son ampleur quand on se fait rincer par une pluie tropicale assourdissante. Beau souvenir.

Cette légère déconvenue de la Selva, même accompagnée d’une jolie dissentrie familliale, n’entama pas notre appréciation de l’Amazonie et c’est gorgé d’images et de sons que l’on rentre à La Paz, un peu groguis.

Copacabana

Ce 2eme passage à La Paz, en résumé, ce fut: re-burger, re-donuts, re-téléphériques et quelques petites visites. Tous ca en 2 ou 3 jours. Et on a remis les voiles.

J’avoue que je n’ai pas bien dormi la veille de reprendre la route. Tétanisé par l’abominable pente qu’il avait fallu monter pour arriver dans le camping ici et durant laquelle j’ai eu des sueurs froides. Je ressasse depuis plusieurs jours la manière dont je vais la descendre. Parce qu’évidemment, Marcos (l’exceptionnel maitre des lieux qui sait tout), me confirme tristement que c’est le seul chemin. Et si les freins lâchaient? et si l’embrayage cramait, et si… et si…? Je passe la soirée de la veille à relire le manuel du camion, vérifier les pneus, l’embrayage, comment actionner les rapports raccourcis de la boite de vitesse… Et puis on se dit Qu’il serait judicieux de partir à 5h du mat afin d’éviter tout contact avec la populace fourmillante de La Paz.

Allez, on y croit!

…Et ca se passe plutôt bien! Geo comprend notre stress et encaisse. Pentes insolentes dans les deux sens, virages en épingles, bords de toiture qui frôlent l’engin…2 heures après notre départ, 7 heures du matin donc, nous sommes sur les hauteurs de la Paz mais de l’autre coté, prêts à traverser sa banlieue Nord (El Alto), certes déjà réveillée et bouillonnante, mais relativement plate.

Ouf! we did it ! le reste du chemin pour Copacabana, sur les rives du Lac Titicaca, c’est de la cherloute.

Apres 2 heures d’une route plutôt facile (ou bien serait-ce l’expérience?) ponctuée d’une traversé en barge craquelante, nous abordons le fameux lac, d’une transparence d’eau minérale. Sur les conseils de Rob, l’anglais baroudeur rencontré à La Paz, nous le longeons en lisière de la ville pour trouver un endroit où se poser. On serre les freins à moins d’une dizaine de mètres des vagues glacées de ce lac mythique, plus haut lac navigable du monde, s’installant à 3800 m d’altitude et plongeant à 300m de profondeur.