Les bahias se suivent…

… mais ne se ressemblent pas. Les jours de route suivant la capitale nous ont fait visiter (c’est à dire passer plus de 2 nuits) dans ce que la province de Buenos Aires a de meilleur et … de plus moyen: Bahia San Blas et Bahia Blanca

Les photos de ce bout de chemin sont ici

« Dans 234 km, tournez a gauche. »

Voilà comment Roadlords (l’appli GPS des bons routiers qui se respectent… Et qui sont sympas, rappelons-le) m’accueille froidement chaque matin depuis Buenos Aires. Même pas un petit « tu verras à 10km sur ta droite un splendide cuervos à tête rouge« .

Si je dois me réincarner en GPS, que ce soit en Argentine. Y’a pas plus tranquille comme taf.

Ceci étant dit, les jours qui suivent Buenos Aires, sont plutot agréables et permettent de confronter le camion à l’enchaînement de jours de route . Tout subjectif qu’il soit, nous avons un peu de retard sur le planning routier prévu et les prochaines journées seront, de ce fait, des jours d’asphalte.  Comprendre par là que nous partons après le petit dej’, vers 10h (et ouais, on pointe pas, non plus), on roule 2 heures, (soit 150 km), on mange tranquillement et on re-roule 1 ou 2 heures l’après midi. Le reste de la journée se partage en devoirs/école, discussions impromptues avec les curieux (qui sont toujours au rendez-vous, quel que soit l’arrêt), faire un plein d’essence, s’octroyer un petit repos du guerrier, etc. Le tout sur la Ruta 3, énorme ruban qui se déroule jusqu’en terre de feu et qui sera notre fil d’Ariane pendant un bon moment. 3074 kilomètres, pour être précis.

Il fait toujours chaud, on flirte avec les 40°C, la route au loin se fait miroir sur lequel flotteront les quelques camions qui nous doublent. C’est rarement l’inverse (même si j’ai la fierté d’afficher quelques dépassements audacieux à mon actif… du tracteur essentiellement). Mais même s’il est le plus lent, notre Gros Escargot Orange ronronne comme un chat, et le paysage et ses habitants (autruches, chevaux, moutons, rapaces…) nous distraient de la route quand celle-ci décide d’être prévisiblement rectiligne pendant plus de 50km, ce qui est tout de même fréquent. Les enfants ont rapidement trouvé leurs habitudes de croisière: Sam se met devant avec moi et lit-lit-lit, du Picsou, du Harry Potter. Jules, à ses cotés, regarde par la fenêtre en me posant mille questions couvertes à moitié par le bruit du moteur (mais il n’entend pas non plus toute les réponses…on peut donc avoir de longues discussions sans parler de la même chose…), Elisa à l’arrière avec maman chante, câline doudou et réclame les arrêts pipi. Ou autre.  Marie prépare la suite du trajet et joue le rôle d’hôtesse de l’air pour cette charmante clientèle plus qu’exigeante.

Premier arrêt notable : Bahia Blanca

Bon, bas les masques. le mythe des voyageurs  qui chaque jour trouvent pour dormir un coucher de soleil rosissant devant lequel un dauphin fait des saltos en contre-jour, c’est du pipo. Venez à Bahia Blanca et vous vous en convaincrez. Grosse ville portuaire, pleine de camions rugissants et fumants (oui, ok, mais non, pas comme le nôtre), qui a réussi l’exploit d’avoir un front de mer à haut potentiel mais absolument inexploité, voire massacré d’industries diverses, d’usines variées, de garages poids-lourds qui vomissent de la ferraille et des pneus sur toute sa longueur. Un délice pour les yeux et les narines.

On y reste néanmoins 2 nuits, déballant notre fatras dans le camping typiquement Argentin (a.k.a terrain vague sablonneux planté d’une demi-douzaine d’arbres et le double de barbecues) qui jouxte le centre aquatique de la ville, espèce d’énorme piscine à ciel ouvert (quand je dis énorme, on parle de 100 mètres de large et autant de long, au moins) flanquée de tentes à louer où se masse toute la populace de la ville pour bronzer, laisser les gosses hurler, mettre sa musique à fond, manger des churros, ou chips, ou n’importe quoi d’autre de frit, en buvant évidemment des mètres cubes de maté. L’endroit reste néanmoins efficace pour se rafraichir et observer les us et coutumes locales. Prix de l’entrée pour nous 5 = 140 pesos… à 250 pesos l’euro, je vous laisse calculer.

A Bahia blanca, on fait aussi un arret « centre commercial » parce que bon, pourquoi pas. Une glace , 2-3 achats « utiles » et retour au camping pour un plongeon. Et on repart. 

Avec Bahia blanca on a enfin rejoint la côte atlantique et on ne la lâchera plus ! On a la ferme intention de se confronter à l’océan, le vrai, et notre prochaine destination ne nous décevra pas!

Bahia San Blas, les prémices du vrai voyage

Notre appli preferée (iOverlander, qui recense tous les points de camping sauvages ou officiels, les stations services, les ateliers, les endroits où faire le plein d’eau, etc) nous tire par la manche et nous suggère un point un peu excentré, à 80km de piste de la ruta 3 sur laquelle nous nous trouvons, nommé Bahia San Blas.

Les commentaires des quelques paumés qui s’y sont aventurés datent de 2 ou 3 ans mais sont plutot engageants: « village de pecheurs tranquille », « longue plage ou poser son véhicule». N’en jetez plus, on y va.

Nous nous engageons donc sur cette piste, véritable tole ondulée faite de sable, terre, et graviers, remuant à chaque tour de roue des kilos de poussière qui s’élèvent de ce « camino de ripio ». Le chemin s’annonce compliqué mais le fait de rencontrer un tatou dès les premiers kilomètres nous donne du coeur à l’ouvrage (c’est mignon un tatou) et nous conforte dans notre choix d’aller nous perdre dans ce coin. Quand y’a un tatou, y’a rien a perdre.

 S’en suit une heure et demi de piste éreintante. Harassante. Qui peut bien vivre là-bas, bon sang? A quoi peut ressembler San Blas sachant que la Ruta 3 nous laissa déjà seuls quelques bonnes heures avant de nous offrir cette piste? 

Nous arrivons à San Blas en nage, heureux d’avoir survécu au vibromasseur, et surpris de découvrir que San Blas n’est pas minuscule et inanimé, mais s’avère être une petite bourgade de 2000 habitants, évidemment organisée rectangulairement en une vingtaine de « cuadras », et dont toute âme y vivant se dédie à la pêche en mer. Boutique de pêche, bar du pêcheur, restaurant de poissons, et des dizaines de canes dressées sur la plage, sur 2 bons kilomètres.

Qu’a cela ne tienne, nous pêcherons.

On installe le camion en lisière du village, avec d’autres « campers » bien vieillots et sans doute encore debout grâce à la rouille, on s’achète du matos de pêche (dont une barquette de crevettes pour les appâts qui laissera une gentille odeur sur les doigts pendant plusieurs jours), et v’la qu’on pêche. Et on ramène du poisson ma p’tite dame! On en mangera plusieurs fois de suite d’ailleurs (l’honnêteté me pousse a dire que ce sera à chaque fois du poisson offert pas nos voisins).

La preuve qu’on est bons: Samuel participera a un concours de pêche pour enfants et repartira avec une médaille ! Alors, hein? C’est qui les pêqueux ?

Bahia San Blas sera une bonne surprise. Bourgade calme et sans chichi, ravie de voir des touristes etrangers (la familia de Francia fera la une de l’office du tourisme local), et accueillante. Pas une heure sans qu’un collègue pêcheur vienne discuter du camion, donner des conseils, ou un poisson.

C’est aussi à San Blas qu’on rencontre Gaston, Laura et leur fils Dante. Ils viennent de Puerto Madryn, notre prochaine destination, et proposent de s’y revoir, autour d’une parilla. C’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, Gaston, surveille ton téléphon !

On passera finalement 3 nuits à San Blas, dans un vent a décorner des boeufs, sorte d’amuse bouche des jours qui suivront. Le vent, fort, ne nous lâchera plus jusqu’à Ushuaia.

Le 3ème jour, le moment tant redouté de la piste du retour est arrivé.

On chauffe le moteur. On serre les fessiers, on attache tout dans la cabine, et le vibromasseur reprend.

Puerto Madryn, nous voilà !

Les photos de ce bout de chemin sont ici

4 commentaires

  1. jpbff dit :

    Je me suis régalé de cette ballade. c’est top de vous REvoir sur la route en mode +++ !
    … Gamin, j’aurai vraiment adoré un plan ballade pareil. bises

    1. jonathetmarie dit :

      Coucou JP ! Je te rassure, tu peux venir: on reste gamin devant ces paysages 😉 bisous glacés

  2. Magali dit :

    Hello, le style d’écriture est au top, on le vit, on voyage avec vous ça c’est sur ! Viva Argentina !

    1. jonathetmarie dit :

      Gracias Amigos ! en effet, en ce qui concerne les voyages longue durée et en famille, l’Argentine n’a pas beaucoup de défaut… je dis ca…. 😉

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